L’échec du Conseil fédéral face aux problèmes dans le système des bourses d’études.

Une chance manquée pour l’égalité des chances

Le Conseil fédéral a publié aujourd’hui son rapport sur les résultats de la consultation pour la révision complète de la Loi sur les aides à la formation et a annoncé les ajustements prévus. Aucun changement significatif n’est prévu par rapport au projet mis en consultation. La loi doit être une loi cadre simple et le texte se limitera à un renvoi au concordat sur les bourses d’études. L’UNES est consternée par la timidité du Conseil fédéral et demande des mesures immédiates pour permettre un accès égal à la formation tertiaire.

Bien que le Conseil fédéral reconnaisse le besoin urgent d’amélioration du système des bourses d’études et des prêts, il n’a pas réussi à apporter des solutions concrètes. L’UNES est surprise par la timidité du Conseil fédéral et appelle à une action urgente pour permettre à toutes et à tous un accès égal à l’enseignement supérieur.

Une harmonisation matérielle était déjà inexplicablement absente du projet de révision totale mis en consultation. Maintenant, le Conseil fédéral plie complètement: les standards formels ne sont même plus prescrits, seule reste une référence au concordat cantonal sur les bourses d’études. Cela ne conduira pas les cantons à harmoniser leurs systèmes de bourses – la Confédération ne pouvant pas légalement référer au concordat de manière contraignante.

Le Conseil fédéral renvoie la responsabilité aux cantons, desquels une réelle harmonisation ne peut être guère espérée : il reste trop de marge de manœuvre pour les cantons dans la réalisation du concordat. Les inégalités ne sont ainsi pas éliminées – d’autant moins que seuls 11 cantons y ont adhéré et il n’est pas assuré que ce nombre augmente. Les cantons ont besoin d’un engagement financier plus grand de la part de la Confédération, et posent cela, à juste titre, comme condition pour une intervention de la Confédération à un niveau normatif. Le Conseil fédéral ne réagit pas à cette critique par une augmentation des moyens mais par un refus d’assurer le financement des bourses d’études.

Manuela Hugentobler, membre du comité exécutif de l’UNES, constate que « le contre-projet indirect à l’initiative sur les bourses d’études est une reconnaissance du travail fourni par l’UNES mais dans les faits, restera sans impact : une révision sans harmonisation concrète ne contribue de loin pas à l’égalité des chances dans le système de formation ».

Que la majorité des 90 auteur-e-s des réponses à la consultation n’étaient pas content-e-s du projet de loi n’a pas amené le Conseil fédéral à améliorer sa proposition. Au contraire : découragé, il propose de n’entreprendre que des ajustements minimaux afin, une fois de plus, de ne pas se mettre en avant dans cette thématique. Or, il a manqué l’occasion de contribuer effectivement « à garantir une égalité des chances aussi grande que possible » comme mentionné dans l’art. 2, al 3 de la Constitution fédérale. Le Conseil fédéral abandonne ainsi toute une génération.

L’UNES demande au Conseil fédéral de prendre au sérieux les réponses à la consultation et de remédier aux problèmes dans le système actuel des bourses d’études. Nous demandons que soit présenté un contre-projet qui améliore enfin la situation des personnes désirant suivre une formation. Pour cela, les revendications de l’initiative sur les bourses d’études doivent être reprises et une harmonisation matérielle, nécessaire à l’égalité des chances, doit être entreprise. Il est temps que les politiques prennent leur responsabilité – car la formation c’est l’avenir !

Pour plus d’informations :

Manuela Hugentobler, membre du comité exécutif
078 696 08 09

Annina Grob, secrétaire générale
079 785 06 14

Des évaluations du niveau de performance à la place de la Maturité?

Selon un article du « Schweiz am Sonntag » du 7 avril 2013, la direction de l’Université de Zurich a décidé de réagir au problème du « mauvais choix » de branche d’études de nombreux/ses étudiant‑e‑s, en proposant une évaluation aux étudiant-e-s lors des deux premiers semestres d’études, afin de mesurer leur niveau de performance et décider si un-e étudiant-e peut ou non continuer dans la branche qu’il/elle a choisi. L’UNES s’oppose à cette pratique qui met encore plus en péril l’égalité des chances dans la réussite d’une formation.

Un certain nombre d’étudiant-e-s se trompent dans le choix de leurs études et changent de filière en cours de route. Cette réalité de la vie étudiante semble poser un problème au vice-recteur de l’Université de Zurich, Otfried Jarren, qui propose alors d’introduire une évaluation du niveau de performance dans les deux premiers semestres d’études pour décider si oui ou non un-e étudiant-e peut continuer de poursuivre ses études, et éviter ainsi que des étudiant‑e‑s ne perdent trop de temps dans une filière qui ne leur convient pas. Cela bien sûr en plus des validations liées aux cours.

Cette proposition remet fondamentalement en question le système actuel d’accès aux études supérieures en Suisse. Avec la mise en place d’évaluations pour chaque branche d’études, il souhaiterait s’assurer des compétences et de l’intérêt des étudiant‑e‑s pour la filière choisie. Nous oublions alors que nous avons déjà un moyen approprié d’atteindre ce but. L’obtention d’une maturité gymnasiale ou d’une maturité professionnelle suivie d’une passerelle garantit que les étudiant‑e‑s ont les compétences nécessaires aux exigences des universités.

L’introduction d’évaluations du niveau de performance n’est pas nécessaire. Si l’on exige des mécanismes de vérification de la préparation adéquate du secondaire II à la formation supérieure, c’est qu’on la juge insuffisante. Le potentiel d’amélioration à ce niveau diffère selon les cas, et la sélection sociale doit entre autres, à ce stade, être éliminée. Il est donc injustifié de considérer la formation gymnasiale comme inadéquate pour la préparation aux contenus et aux compétences : «La maturité est appropriée pour préparer les étudiant‑e‑s aux études supérieures et doit rester un billet d’entrée pour les hautes écoles », explique Manuela Hugentobler, membre du Comité exécutif de l’UNES.

Une phase d’orientation des étudiant‑e‑s dans les hautes écoles est inévitable, et un examen plus approfondi de la matière, de leurs compétences et de leurs intérêts et perspectives d’avenir préférable. Par ailleurs, il devrait y avoir plus d’informations disponibles avant l’admission dans une branche d’études, de sorte que la décision puisse être prise sur une base saine – les établissements d’enseignement, à tous les niveaux, sont priés ici de soutenir de cette manière les étudiant‑e‑s.

La direction de l’Université de Zurich avance alors des arguments telles que des salles pleines, des semestres perdus ou encore la déception, pour justifier leur proposition. L’argument qui consiste à dire que mieux sélectionner les étudiant‑e‑s permet de leur faire gagner du temps et de désengorger les salles de cours de tient pas. Où iront les étudiant‑e‑s qui ne réussiront pas le test d’aptitudes ? Dans d’autres filières ? Dans d’autres universités ? D’autres filières seraient alors prises d’assaut, un certain classement se ferait entre les différentes branches d’études et le choix d’études d’un-e étudiant‑e se baserait alors non plus sur l’intérêt et les capacités mais sur la facilité et les critères d’admission. Ce libre choix est déjà, à l’heure actuelle, largement entravé par les restrictions d’accès, les législations différentes en matière de bourses d’études et autres augmentations de taxes d’études, il n’est pas nécessaire d’y ajouter encore ce critère.

L’UNES demande à la direction de l’Université de Zurich d’abandonner ces tests, d’apprécier la Maturité comme confirmation de la capacité à commencer des études et de réfléchir à une meilleure description et communication sur les programmes d’études, afin de permettre aux futur‑e‑s étudiant‑e‑s de choisir librement et en toute connaissance de cause leur filière d’études.

Qualitätssicherung ja – aber richtig!

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Le genre au quotidien

de: Virginie Lapaire, Co-Présidente de la commission d’égalité (CodEg)
Le genre au quotidien.

Le genre est un concept dichotomique complexe, utilisé notamment dans les sciences sociales. Le  genre  fait référence aux différences non biologiques (psychologiques, mentales, sociales, économiques, démographiques, politiques…) distinguant les femmes* et les hommes*. Dans la vie de tous les jours, le genre est, pour simplifier, un ensemble de normes  qui définissent qui est une femme* et qui est un homme*. Ces normes évoluent (lentement) en parallèle avec la société . Mais pourquoi parler du genre au quotidien? En quoi le genre d’une personne est-il important ?

Pour voir à quel point les normes qui définissent le genre sont fortes, il suffit de jouer avec. La façon dont on s’habille, se coiffe, se maquille, est la première chose (et souvent la seule) que les autres perçoivent et nous jugent.  Moi-même (genre : non merci ; de sexe biologique féminin), je choisis délibérément de transgresser les normes de genre. Je porte depuis plusieurs années les cheveux très courts et m’habille  90% du temps en jean’s /t-shirt/baskets, sans maquillage (pas féminin, mais tellement pratique). C’est mon apparence de base, celle sur laquelle les gens se basent pour interagir avec moi. Mais que ce passe-t-il quand je décide de m’habiller de façon plus féminine, si je laisse pousser mes cheveux ? Les regards changent. Des proches ou des collègues complimentent mes choix vestimentaires. Des inconnu-e-s sont plus souriant-e-s et serviables.  Et moi je m’énerve de constater que les gens changent leur façons d’interagir avec moi à cause de mon apparence.

Les personnes transgenres, des personnes dont l’identité de genre est différente de leur sexe biologique, sont malgré elles en première ligne quand il s’agit de discriminations liés au genre, et pas seulement de la part de personnes rencontrées au quotidien, mais également de la part des autorités. Les  personnes trans*, avant d’être officiellement autorisées à changer leur prénom et leur sexe sur leurs papiers d’identités, sont encore, dans la plupart des cantons suisses, forcées de subir au préalable des années de psychothérapie,  une thérapie hormonale, diverses opérations de réassignation.  Et c’est là que l’on voit la perversité des normes de genre : l’Etat définit ce qui fait une femme* ou un homme*.  Une personne trans* ne désirant pas suivre de thérapie hormonale ou/ni  subir d’opérations ne peut actuellement, en Suisse, pas faire changer son prénom et est condamnée à présenter des papiers officiels ne correspondant pas à son identité de genre. Elle sera de facto forcée de révéler son identité transgenre à de multiples reprises. Un article du NZZ Campus (http://campus.nzz.ch/politik/wenn-das-diplom-intimstes-offenbart) publié en janvier 2013 traite de cette thématique dans le contexte de la formation tertiaire. Les établissements tertiaires délivrent des diplômes selon l’identité officielle de chaque individu-e, mais certains établissements refusent même d’utiliser une autre identité à l’interne, ce qui peut s’avérer problématique au niveau des adresses mails et autres listes de présences à signer. Une personne transgenre* de devrait pas être forcée à révéler ou non son statut de trans* : c’est une décision personnelle.

Tout cela parce que la société définit chacun-e de ses membre comme une femme* ou un homme*, selon des critères strictes qui ne sont en fait pas applicables à un grand nombre d’individu-e-s. Dans la plupart de ces cas, comme le mien, ce n’est pas important, mais dans certains autres, quand la liberté d’autodétermination de chacun-e est remise en cause, cela devient problématique.

Virginie Lapaire suit la formation pour l’enseignement secondaire I à l’Université de Fribourg. Elle est l’une des co-présidentes de la Commission d’égalité de l’UNES.